Après avoir traqué cette espèce emblématique pendant plus de vingt ans, je suis toujours émerveillé par l'adaptabilité et la polyvalence du bar rayé. À l'état sauvage, le bar rayé est une espèce anadrome qui passe la majeure partie de sa vie adulte à se nourrir et à migrer au gré des variations saisonnières des conditions aquatiques et de la disponibilité des ressources alimentaires. Cependant, chaque année, les reproducteurs matures migrent vers les rivières saumâtres, puis vers les rivières à dominante d'eau douce, pour frayer. L'immense aire de répartition de ces poissons et la multitude d'environnements auxquels ils sont capables de s'adapter en font une espèce très prisée des pêcheurs. Nombre d'entre eux ciblent le bar rayé pendant sa migration, en pleine eau, lorsqu'il se nourrit de bancs de poissons-appâts en plein jour. D'autres le traquent de nuit, depuis le rivage, en lançant de gros appâts d'un remous à l'autre, tout en évitant les vagues et le ressac. Le bar rayé peut se tenir derrière de grandes structures en eau profonde ; dans ce cas, les leurres lestés ou les appâts vivants soigneusement présentés dans la direction où il regarde sont les plus efficaces.
Au cours des différentes phases de la migration du bar rayé, je l'ai ciblé par toutes ces méthodes. Cependant, ma période préférée pour le pêcher est après la fraie. Après la fraie, le banc de bars de l'Atlantique se dirige vers le nord-est, dans les eaux côtières et saumâtres du Connecticut, du Rhode Island et du Massachusetts. Durant cette période, les poissons se déplacent périodiquement d'une région à l'autre et se nourrissent abondamment des nombreuses proies de l'Atlantique Nord afin de reconstituer leurs réserves caloriques. Et tant que la météo capricieuse de la Nouvelle-Angleterre le permet, les conditions restent optimales pour leur migration dans les chenaux profonds. Le plus intéressant : à certaines heures, lorsque la luminosité et la force des marées sont optimales, ces poissons migrateurs chassent et se nourrissent avec une grande agressivité.
En tant que guide, une grande partie de mon quotidien consiste à explorer les abords de ces chenaux profonds, à la recherche d'endroits où la topographie crée des zones de calme ou des remous. Ces zones varient au gré des marées. Lorsqu'une source de nourriture se trouve à proximité, le bar rayé se positionne à l'abri du courant, prêt à tendre une embuscade. Ce poisson utilise sa queue imposante et ses nageoires pectorales pour se maintenir dans le courant et attendre qu'une proie, luttant contre la marée, vienne à lui. Ce mode d'alimentation est très similaire à celui des grosses truites en pleine chasse dans un fort courant.